02 mai 2010

Sous l'ombre des Cerisiers en Fleurs

 

 

Sous l'ombre des Cerisiers en fleurs,

D'aussi loin que je me souvienne, il y a toujours eu cette impression d'appartenir à un autre monde en moi, et ce, malgré tous les efforts surhumains que j'aurais pu accomplir pour me convaincre du plus ordinaire des contraires...

Déjà, enfant, courant dans les champs de maïs qui avoisinaient la maison secondaire, reniflant la bonne odeur des foins, je m'imaginais que mes pieds ne touchaient plus le sol, et que les épis m'obéissaient et faisaient une ronde autour de moi. Innocence d'enfance, trop vite égarée, trop vite regrettée. Nous avons passés tant d'étés là bas, tellement de bons souvenirs. Parfois, je me surprend à rêvasser, et je me demande que finalement, le paradis, ne serait-il pas constitué des meilleurs moments de notre vie, les meilleurs périodes, et pourquoi pas, des meilleurs endroits ou l'on s'est sentit bien? Combien de fois ai-je  entendu cependant que je n'étais rien de plus qu'une jeune fille banale, comme les autres? Ceux qui étaient censés constituer ce que l'on appelle ici bas ma famille; me répétaient de me descendre de mon piédestal. Comment comprendre alors, quand on pense être différente, comment faire pour essayer de vivre paisiblement parmi les autres? Pourquoi être condamnée à suivre le cours de la vie qui se dérobe sous nos pas malgré nous alors que je pense avoir la possibilité de faire tellement mieux que cette décision du destin imposée par le temps?

Je revois cette maison, aux allures de château de mes yeux d'enfants, et étrangement, je n'arrive à me rappeler aucun lieu, si ce n'est celui ci. Les paroles des miens semblent être un écho, qui revient de temps à autre, emportées par le vent d'hiver, et ramenées par le chant des rossignols annonçant le retour du printemps. L'odeur des fleurs de cerisiers m'entoure, comme si je vivais dans cette odeur de nacre, de pureté, de printemps, de fraicheur, bref, de vie. Parfois j'ai l'impression que le temps ne peut plus se dérober à moi, qu'il m'appartient, aussi sur que moi je suis d'un autre monde.

Cette grande maison vide. Pourquoi ai-je la désagréable sensation d'y vivre et d'y être restée seule? Les échos me reviennent, mais, je n'éprouve aucune sensation: pas de remords ni de regrets, pas plus que de tristesse. C'est comme si j'y étais par obligation. Je l'ai déjà dit, je ne contrôle pas ce qui me rend spécial, même si je ne sais pas encore ce que c'est.

Cette maison. J'ai la sensation d'y avoir, finalement, toujours vécu. Jeune fille en fleur, je me promenais parmi les différentes pièces, m'appuyais régulièrement contre l'une des deux colonnes fondatrices de la maison de nos ancêtres; et je regardais, j'observais, j'apprenais. Les femmes ne me comprenaient pas, et je me moquais que l'on dise de moi que je ne serais jamais bonne à marier, cela m'arrangeait d'ailleurs! La marieuse s'arrachait les cheveux à me voir ainsi me tenir et me comporter, seule ou en communauté. Ma pauvre mère me répétait que le déshonneur nous guettait, et j'ouvrais, à ce moment là, un éventail, et cachait un sourire ironique derrière le tissu fin, et faisait mine de bien me comporter. Que signifie l'honneur? L'honneur, ici bas, est quelque chose de bien trop important, et tandis que la honte est le bât qui nous blesse, dans d'autres contrées, celui qui s'attire la honte sera tout aussi vite oublié...

Cette demeure. J'y ai aidé mes grands parents du mieux que j'ai pu, à chaque fois que je m'y rendais, mais, je trouvais toujours une échappatoire à cette vie de labeur, que je leur laissais volontiers. Je courrais retrouver les prairies de l'orient, je partais retrouver avec entrain la compagnie ô combien silencieuse et apaisante des cerisiers, contre lesquels je me réveillais en sursaut au beau milieu des nuits sèches et humide des étés chaleureux, et les quittais amèrement, leur promettant un retour plus rapide que prévu.

Il est étrange que je juge ainsi les quelques étés passés là-bas, mais il est encore plus étrange que je ne me souvienne finalement que de cette unique maison, qui n'était qu'un lieu de repos d'été, de réunions familiales, de récoltes dans les rizières du domaine, et que je n'ai aucuns autres souvenirs d'un autre lieu de résidence que ce soit. Même ma famille ne semble qu'un lointain portrait photographique, flou, comme si la prise avait été raté. Cela ne semble même pas me gêner. Ce ne sont que des constats. 

De temps en temps, je pense être perturbée, comme si des mouvements s'agitaient à côté de moi, mais je me rendors. Je suis en paix finalement, mais il n'y a qu'ici, le vent jouant avec mes cheveux longs et blancs, que je suis bien, à l'ombre des cerisiers, notre maison en arrière plan .....

 

« Par ici mesdames et messieurs, la visite du domaine des Tin se poursuit ici. Ce domaine fût brulé en 1901, où seule une jeune femme de 18 ans périt, emprisonnée par les flammes. En contre-bas, vous pourrez apercevoir les rizières, et les cerisiers en fleurs...Suivez le guide. »

B-Blonde!

 

Posté par BBlonde à 17:08 - Commentaires [1] - Permalien [#]


Commentaires sur Sous l'ombre des Cerisiers en Fleurs

    J'attends les commentaires^^

    Posté par Laura la B!, 10 mai 2010 à 11:29 | | Répondre
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